CHAUSEY 2008 avec l’équipe alfos-peche.com
Autoroute A 84 : 90 km/h au compteur ; sous ces trombes d’eau c’est largement suffisant. L’orage me suit depuis le départ de Bernières sur Mer, je n’y vois pas grand chose, encore une cinquantaine de kilomètres avant d’arriver. J’espère que je n’ai rien oublié, ça fait trois jours que je peaufine le weekend à venir. Samuel, mon nouveau coéquipier, est déjà sur place, il m’attend, j’espère qu’il a de bonnes nouvelles à m’annoncer.
Tiens, il ne pleut plus, le soleil fait une timide apparition au moment où je franchis la barrière du camping de Saint Pair sur Mer, mon cœur s’accélère, ça y est j’y suis, j’aperçois déjà les remorques supportant des bateaux plus beaux et plus gros les uns que les autres. Ils ont fière allure garés devant les chalets 4 étoiles où j’ai déjà l’impression de deviner l’objet de toutes les conversations …
Demain, c’est la première manche du Seabass Chausey.

Au fait, c’est quoi le Seabass : Je dirais que c’est avant tout une rencontre de gens qui partagent la même passion : la pêche sportive du bar aux leurres. Même si l’esprit de compétition est là, chaque participant donnant son maximum pour obtenir le meilleur résultat possible, c’est toujours la convivialité qui prend le dessus. Quel pied de pouvoir parler pendant des heures de votre passion sans crainte de fatiguer votre interlocuteur ! Le règlement de cette compétition est simple : il faut essayer de capturer un maximum de bars de plus de 42 cm et de les relâcher vivants après mesure par des commissaires. Le vainqueur de la manche est celui qui obtient la plus grande longueur en cumulant ses cinq plus longs poissons.
Samuel a passé la journée sur l’eau pour effectuer le repérage, la pêche s’annonce difficile : pas un seul poisson de sorti aujourd’hui avec Sylvain. La bar team (Pierre et Clem) confirme, les poissons sont peu nombreux et très difficiles à prendre, je sais que je peux leur faire confiance et qu’ils ne font pas d’intox, ça va être compliqué demain. Samuel a quand même un tuyau qui semble intéressant : il a observé à quelques dizaines de mètres de lui un pêcheur local sortir coup sur coup deux jolis poissons à proximité des bouchots. Nous en sommes persuadés, demain au moment de la montante, il y aura des poissons à prendre sur ce spot. La soirée passe trop vite entre les derniers préparatifs et les échanges avec d’autres équipes de compétiteurs. Nous avons quand même le temps d’apprécier les recettes d’Arnaud chef cuisinier d’un célèbre restaurant Caennais et membre de la seconde équipe Alfos.



Les bateaux sont rapidement mis à l’eau, nous n’avons pas affaire aujourd’hui à des pêcheurs occasionnels, chacun connaît parfaitement son matériel et l’heure matinale facilite encore les choses. Nous sommes loin des embouteillages du mois d’août. Je suis impressionné par la qualité et l’équipement des bateaux qui m’entourent, je n’avais jamais vu des écrans de sondeur/GPS aussi grands. Il y a du beau monde autour de moi, des références en matière de pêche du bar aux leurres, je salue au passage le courage de ces pêcheurs ayant une certaine notoriété et qui n’hésitent pas à prendre le risque d’une contre performance en compétition.
C’est la bonne humeur qui règne sur l’eau avant le top départ en convoi direction Chausey.

Ca y est, le signal est donné, les moteurs vrombissent et c’est l’indiscipline qui règne, les groupes de 6 bateaux prévus au briefing éclatent vite et le peloton s’étire rapidement sous l’accélération des bateaux les plus puissants. Nous nous retrouvons avec Sam dans le gruppetto des 50 CV ballottés que nous sommes par les vagues des fusées qui nous précèdent. L’image est superbe, la horde sauvage est lancée, poignée en coin sur une mer plate, en direction de notre futur terrain de jeu. Au fur et à mesure que nous avançons, les premiers îlots sortent de la brume. Je stresse un peu à l’idée de naviguer au milieu de ce dédale de roches, il va falloir être prudent. Nous rallions les bateaux qui se sont arrêtés et attendons le signal du début de manche.

C’est parti, l’essaim d’embarcations éclate littéralement, certains concurrents partent plein gaz, d’autres comme nous semblent encore hésiter, il y a comme un round d’observation.
Nous suivons notre stratégie à la lettre et entrons au cœur de l’archipel les yeux rivés sur la cartographie du sondeur dont la précision nous est d’un grand secours. Un de mes collègues chasseur sous-marin m’a indiqué une zone de sargasses posées sur le sable où les bars se sentent en sécurité et aiment à se reposer. Nous peignons la zone et à la troisième dérive Sam réussit à faire monter un bar en surface. Malheureusement, celui-ci donne un coup de queue en surface sans attaquer le leurre. Cette apparition nous motive, il y a du poisson dans le coin. Nous ne le savons pas encore mais ce sera la seule manifestation de bar de la manche pour nous. La prospection continue, nous nous laissons dériver dans les courants et passons un grand nombre de leurres en revue dans l’espoir de trouver celui qui pourrait bien décider un poisson.

Toujours rien à signaler si ce n’est quelques vieilles et maquereaux vite relâchés. Nous profitons des merveilleux paysages qui s’offrent à nous, l’endroit est magnifique. Ce qui nous surprend le plus c’est de ne voir aucun concurrent autour de nous, nous finissons par croiser la bar team, qui, comme nous, semble beaucoup bouger : pour eux aussi ça n’a pas l’air simple. De toute façon nous sommes convaincus que la pêche va se faire à la montante, nous restons confiants.

Malheureusement nous n’attraperons rien non plus à ce moment de la marée et c’est perplexes que nous rejoignons le point de rendez-vous. Quels sont les résultats des autres équipes ? Nous apprenons vite qu’une bonne moitié des équipages a réussi à prendre un ou deux bars, Pure-fishing remporte la manche en mesurant cinq poissons alors que l’équipe Maria en embuscade en valide trois. Nous comprenons déjà que nous ne pourrons pas jouer la gagne demain mais tout reste possible pour obtenir une place correcte au général. Reste maintenant à analyser notre échec et comprendre ce qui n’a pas marché pour corriger le tir lors de la seconde manche. Nous arrivons aux trois conclusions suivantes : nous n’avons pas été bons, notre choix de zone était mauvais et nous avons un peu manqué de chance (paramètre indispensable à mon avis pour tirer son épingle du jeu).
C’est décidé, demain, nous changerons complètement d’approche : autre secteur et autre mode de pêche. Nous ne savons pas si cette option sera la bonne mais nous voulons tenter le coup. Fini la pêche dans les veines d’eau en dérive, nous imaginons les bars calés derrière les rochers, à l’abri du courant et guettant les proies en mouvement. Nous pêcherons donc au plus près des rochers émergés et immergés. Ce mode de pêche nous ne l’avons jamais pratiqué avec Sam mais nous allons devoir nous y mettre et apprendre vite pour réussir à débloquer le compteur. Je crois que c’est ce que j’aime dans la compétition : la nécessité de sortir de ses modes de pêche habituels et de s’adapter au plus vite aux conditions; il faut tenter des choses.




Le repas du samedi soir est un moment très agréable dans une compétition. On parle pêche bien évidemment, on se remémore la journée ou d’autres aventures halieutiques autour d’un bon repas et bien entendu du verre de l’amitié.

Deux camps se distinguent : ceux qui ont pris du poisson ne cherchant pas forcément à s’étendre sur leurs prises (n’oublions pas qu’il y a une seconde manche) et les autres, comme moi, qui se demandent bien comment ils vont pouvoir faire pour inverser la tendance. L’ambiance est bonne, les rires nombreux même si la fatigue de la journée passée sur l’eau se lit sur tous les visages. Après le dessert les tables se vident assez rapidement, nous avons tous besoin de récupérer.
Il est presque une heure quand nous nous couchons ; dans quatre heures il faudra se lever, la nuit va encore être courte.
Dimanche matin 8 heures, les bateaux de la flotte sont déjà rassemblés à proximité du "loup" juste en face du port de Granville. La mer est calme, pas un souffle de vent, le ciel bleu m’amène à me poser des questions sur la fiabilité des prévisions météorologiques qui nous annonçaient du vent assez fort de nord-est et des nuages. Avec Sam, nous avons bien étudié la carte et nous savons déjà où nous ferons nos premiers lancers. Nous avons opté pour un plateau rocheux qui découvre en partie à marée basse et qui est entouré par des zones beaucoup plus profondes où les courants doivent êtres relativement puissants. Nous pensons que les poissons doivent se balader sur ce plateau plus au « calme » à la recherche de nourriture.
Pendant la traversée, nous voyons poindre à l’horizon de gros nuages noirs venant du nord est, le ciel devient de plus en plus menaçant et le vent commence à se lever. Ils ne sont pas si mauvais que ça finalement chez météo France me dis-je en arrivant sur la zone prévue pour le coup d’envoi.


Sitôt le signal du départ donné, nous fonçons vers notre plateau. La navigation n’est pas aisée car le vent a forci et la houle a fait son apparition. Il nous faut un bon quart d’heure pour rejoindre la zone, nous amorçons enfin notre première dérive. Des fous de bassan sont très actifs autour de nous, il y a du monde dessous, c’est sûr. Je replace le bateau pour passer sur le secteur repéré sur la carte, chacun est concentré sur ses animations. Nous pêchons aux leurres souples assez près du fond, Sam fouette sa canne pour donner une nage erratique à son leurre alors que je choisis une animation plus minimaliste ponctuée de pauses sur le fond. Notre dérive se termine quand Sam ferre un poisson à proximité d’un rocher immergé, pourvu que ce ne soit pas encore une vieille… Quel soulagement de voir le flanc argenté d’un bar glisser dans l’épuisette, nous ne pouvons retenir un cri de joie d’autant plus qu’il est largement maillé. Cette fois nous sommes dans le coup, ça ne pouvait pas mieux commencer.

Le poisson au vivier, nous continuons de peigner la zone où nous sommes toujours seuls ballottés par des vagues de plus en plus grosses. Faute de nouvelle prise, nous décidons de quitter ce secteur pour aller valider notre prise et ensuite nous attaquer aux nombreux îlots qui nous entourent.

Maintenant la stratégie est très simple : nous nous approchons au plus près des rochers et nous peignons la périphérie de ceux-ci le plus méticuleusement possible. Cela nécessite de replacer le bateau sans arrêt et de réaliser des micros dérives. Pour ce type de pêche, un moteur électrique nous aurait été d’un grand secours. Nous nous sommes rendu compte qu’il était nécessaire de lancer au pied des blocs et que le peu de poissons que nous avons pris l’ont été dans les premiers mètres de l’animation. Finalement nous parviendrons à sortir deux autres poissons maillés avant que la manche ne soit interrompue ; sage décision vu la force du vent et l’état de la mer. Le retour est sportif jusqu’à Granville, heureusement que les bateaux de moins de 5 mètres n’ont pas pu s’inscrire pour des raisons de sécurité qui nous sautent aux yeux à ce moment là.
Quelle surprise à l’annonce des résultats d’apprendre que nous finissons troisième de la manche et cinquième au général. Nous sommes aux anges après la première journée complètement manquée.

Nous nous sommes fait violence en pratiquant une pêche qui nous était inconnue, nous n’avons rien lâché pendant les deux jours et nous avons été récompensés au-delà de nos espérances.
Le podium se joue dans un mouchoir de poche entre les équipes Pezon premier, Pure-fishing second à quelques centimètres et Maria troisième qui je pense aurait bien voulu tirer un petit peu sur la queue de ses nombreux poissons non maillés.
Mention spéciale aussi à la bar team qui se classe première des équipes non sponsorisées, il faudra compter avec eux sur les prochains rendez-vous du Labrax tour.



Un grand merci aux organisateurs et aux bénévoles sans qui ce type de manifestation ne pourrait pas exister. Merci aussi à tous les compétiteurs pour la bonne ambiance et les bons moments passés ensemble. Et enfin merci à Guston qui nous a gentiment prêté son épuisette pendant ces deux jours.
Prochain rendez-vous : Les Glénan. J’ai hâte d’y être.
Fabien





